Article

Dix mots pour jouer

Contribution à la semaine de la langue française.

mots-rares


Capteur
moins le quart. Je fais corps avec mon fauteuil de bureau. Unis pour le meilleur comme pour le pire, et ce, jusqu’à 18h. Mais mon esprit est ailleurs, à mille lieues de cette phrase indomptable que je tourne et retourne en essayant de lui trouver, en vain, une forme douce et agréable.

Ici -sur mon blog- je peux faire des phrases interminables et compliquées, dont la folle course ne s’achève qu’une fois le lecteur complètement hors d’haleine. Vous ignorez à quel point c’est une grande liberté. Ou, peut-être, vous le savez.

Dans la publicité, on est prévenants : on fait des phrases courtes, de façon à laisser le cerveau s’oxygéner entre chaque idée. Chaque mot est pesé, sa fraîcheur vérifiée.

Clic couper, clic coller : je réorganise la phrase rebelle entre deux réflexions extra-professionnelles. Sans résultat. Cet après-midi, voyez-vous, l’inspiration se fait désirer. On a toujours tort de croire son talent pérenne. Plus j’exploite le mien pour vivre et plus je le trouve capricieux, intermittent.

Il y a des jours où les mots se cuisinent mal ; ils attachent au fond de la casserole, refusent de se lier entre eux. Les conjonctions font des grumeaux. Dans ces cas-là, surtout, ne pas insister. Faire autre chose ; par exemple transformer un trombone en pistolet et tuer le temps. Pourquoi ? Parce qu’une fois raisonnablement diverti vous recouvrez une vision nette. La phrase qui vous chagrine redevient un infime segment du texte qui vous turlupine – ce qu’elle n’a jamais cessé d’être. Tout s’illumine : vous aviez le nez collé à votre sujet. A présent, vous êtes comme sur la Lune, admirant un joli clair de Terre.

« Hé, génome, t’as pas du feu ? ». Ma collègue interrompt brutalement mon voyage dans l’espace. Et me glisse que la rêverie n’est pas vraiment compatible avec nos objectifs de productivité.

Complètement gratuit ce délire ? Pas vraiment : du 16 au 23 mars 2009, le Ministère de la culture et de la communication présente la « semaine de la langue française ». 10 mots sont proposés, chacun ayant le loisir de s’en emparer pour « approfondir et compléter sa connaissance de notre langue et développer son goût pour les mots ». Alors, envie de jouer ? Les 10 mots sont en gras dans le texte, vous l’aviez deviné.

Pour apporter ma modeste contribution à cette opération, quelques bonnes adresses :

Lexilogos, un agrégateur de tout un tas de dictionnaires précieux, du Larousse au Littré, en passant par les synonymes (à essayer en période de crise, quand vous rédigerez votre prochaine lettre de motivation pour éviter de répéter dynamisme, auquel on peut idéalement substituer ardeur, vigueur, ou encore énergie).
Le BaRBeRy, un dictionnaire de rimes « oulipesque » qui fait « boïng » en vous livrant ses résultats.

Et un livre : le « Dictionnaire des mots rares et précieux » (éditions 10/18), absolument nécessaire pour savoir, entre autres, que l’espace, généralement glabre, entre les deux sourcils a un nom : la gabelle.  C’est d’ailleurs l’une des pages de ce livre que j’ai photographiée pour illustrer l’article.

Poster un Commentaire

Votre E-Mail n'est jamais publié ou partagé. Les champs obligatoires sont marqués par un *

*
*